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INTRODUCTION
Le manga,
qu’est-ce que c’est ? C'est une bande dessinée japonaise. Le terme désigne
à la fois la création et son support (périodique, album, etc.). Au japon, le
Manga est un produit de consommation de masse, ce qui inclue qu'on le consomme
et qu'on le jette ! (un peu comme on fait avec le journal chez nous) C'est un
véritable phénomène de société. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les
âges et dans une grande variété de genres (romanesques, science-fiction,
western, policier, sport etc.) et s'adressent à toutes les couches de la
population. Qu’est-ce que le phénomène manga ? Dans un premier temps, nous
verrons ce qu’est un manga. Ensuite, le développement économique et historique
du manga au Japon. Enfin, l’arrivée du manga en Europe.
Le japon berceau du manga
Le
manga
Le
terme manga vient du japonais man
qui signifie « involontaire » ou « dérisoire » et de ga, « dessin ». Un manga est donc un « dessin dérisoire ».
Le mot fut inventé par le caricaturiste
Katsushika Hokusai (1760-1849). Ses mangas représentaient des personnages
populaires à l’époque sous des dehors comiques (ci-dessous). Le manga est
devenu un art graphique à part entière, désigne aujourd’hui la bande dessinée
au sens large au même titre que « comics » aux Etats-Unis.
Aujourd'hui,
les personnages des mangas sont devenus complexes et des confusions sont
possibles. Pour bien comprendre ces bandes dessinées, il est souvent nécessaire
d’avoir une certaine connaissance de la société japonaise. Le Manga est un
répertoire nouveau où se jouent des visions du monde, des valeurs éthiques. Une
des réponses qui est apportée est souvent la fuite vers des univers
galactiques. Les mangas puisent largement dans des faits universels, des
problèmes de la société actuelle, des problèmes sexuels, affectifs, de
scolarité, jusqu’à celui du monde des entreprises. On y trouvera donc les
indices de la société codifiée, des problèmes générés par la vie moderne, la
maladie du siècle et ses éventuels remèdes.
Origine
du manga
C'est dans
des temples japonais que les premiers exemples de caricatures japonaises furent
trouvées. Elles datent du VIème et VIIème siècle après J-C, époque où le
bouddhisme fut introduit au Japon. Comme en Europe, l'inspiration religieuse
fut pour beaucoup dans l'histoire de l'image.
Les mangas
ont des racines qui plongent jusqu'au XIIème siècle. Les peintures
de cette époque, les "Chôjû Giga" ou en français "Images
d'oiseaux et d'animaux gambadant", sont considérées comme les premiers
dessins qui mèneront au manga. Il caricatura le clergé bouddhiste sous une
forme animale. C'est une œuvre satirique où l'action est développée en continu,
sans cases, mais on peut voir les changements de temps, d'endroits et d'humeur
grâce à la brume. Ils ont été peint par le moine bouddhiste Toba qui a mis en
scène des animaux pour dépeindre les humains.
Durant la
période Edo (de 1616 à 1668), on trouve de nouvelles évolutions vers la bande
dessinée moderne. Sans cases ni bulles, les histoires étaient créées de façon
similaire aux rouleaux, à la différence qu’elles étaient faites de pages
attachées ensembles par un fil ou qu’elles s’ouvraient comme un accordéon. En 1766 s’ouvrit l’âge d’or de la xylographie. Les estampes destinées en
premier lieu aux marchands d’Edo (= ici ancien nom de Tokyo ) devinrent bientôt
une source d’information sur la mode, les lieux et les artistes en vogue.
En
1814, le célèbre peintre Katsushika Hokusaï (1760-1849) créateur des « 36 vues
du Mont Fuji » (ci-dessous)
inventa le terme Manga en associant deux idéogrammes chinois. Ce mot signifie
image dérisoire. Il qualifiait une suite de croquis, Hokusaï Manga, signés
Katsuhika Hokusaï.
Les
Hokusaï Manga sont composés de 16 volumes de dessins et croquis, imprimés en
noir, rehaussés de gris et de rose. La publication de ces 16 volumes s’étalât
de 1814 à 1875 et chacun a rencontré un grand succès au Japon, et plus tard en
Europe. Planche extraite du septième volume.
Le
premier manga moderne est apparu vers 1902 : il avait quatre cases par page et
les textes étaient dactylographiés, comme dans les comics américains.
En
1920, l'explosion des comics influence les créateurs de mangas. Ils envahissent
le marché de la bande dessinée japonaise, après avoir été le plus souvent
redessinés pour le public nippon.
C'est
à ce moment qu'apparaît Osamu Tezuka. Il étudie les techniques et les
traditions artistiques du Japon et d'ailleurs et synthétise toutes ses
connaissances pour aboutir à un nouveau style résolument moderne et plein
d'originalité.
Il
observe aussi de très près le cinéma et on retrouve dans ses mangas une dynamique
cinématique unique. Sa passion pour l'animation va l'amener, vers les années
1960, à travailler chez Disney. Mais au lieu de copier le style Disney, il va
se contraindre à trouver une relation entre les caractéristiques du dessin et
une ligne narrative simplifiée. Tezuka a été aussi extrêmement marqué par la
seconde guerre mondiale et notamment par les deux bombes atomiques qui ont
touché l’archipel. Il montre à travers son principal héros, Astro Boy, la façon
dont l’homme devrait utiliser les progrès techniques pour le bien de la
planète.
Signes
particuliers
Le
manga exagère
Dans les caractéristiques du dessin manga,
deux principales sont à noter : d’une part, dans nombreuses réalisations la
taille exagérément grande des yeux du héros. Non que les Nippons aient voulu
renier la finesse de leurs yeux bridés, mais c’est par les yeux et le regard
que passent toutes les émotions des personnages, donc jouer sur la taille des
yeux permet de décliner une plus large palette d’émotions. D’autant qu’un personnage
principal peut très bien passer d’une tête de jeune premier à celle d’obsédé
sexuel ou de débile mental…
Les personnages du manga sont assez
caractéristiques.
Les yeux des personnages ne sont pas bridés
et les paysages sont différents de ceux du Japon car c'est l’ailleurs et
l’étranger qui suscitent le rêve. Les mangas diffusés en Europe sont beaucoup
plus violents que ceux diffusés au Japon.
Autre caractéristique, l’utilisation des
lignes et des traits parallèles pour exprimer l’impression de vitesse d’un
personnage ou d’un véhicule.Les ruptures de tons, les non-sens, fondent
l’humour japonais et les japonais rient souvent d’eux-mêmes. Les jeux de mots
sont intraduisibles dans la langue française. Au Japon, il n’existe pas de
livres de blagues comme en France, c’est un humour différent.
Le manga chez les jeunes
Il s’agit
souvent de persécutions par leurs camarades d’adolescents faibles ou trop
différents. Ces adolescents ne trouvent pas d’écoute auprès de leur famille ou
de leur professeur. N’ayant pas d’issue à leur problème, ils finissent par se
donner la mort. Les mangas de science-fiction sont robotisés à outrance (les
samouraï perdurent à travers les robots), avec l’omniprésence de la technologie
accentuant la puissance de la volonté et la pensée créatrice. Ces mangas font
ressortir un pays où le sens du sacrifice, le conditionnement par la volonté et
le stoïcisme sont les ultimes vertus de l’héroïsme.
Le manga chez les adultes
L’association
de cultures étrangères permet de ne pas limiter le public au niveau de
l’imagination. Le scénario est solide et les images sont réalistes.
La
femme apparaît sous plusieurs formes :
- la
femme-enfant (jeune fille idéale, souvent infantilisée);
- la
femme sexy ou mère guerrière.
La violence
et les préjugés jouent un rôle important. Toutefois, il semble que la violence
des mangas n’ait aucune incidence sur les japonais (en effet au Japon on compte
1,4 meurtre pour 100 000 habitants contre 10,8 meurtres aux Etats-Unis pour 100
000 habitants). En revanche, toutes les 23 minutes-40 secondes, une personne se
donne la mort (la tranche d’âge la moins touchée est celle des jeunes jusqu’à
19 ans, la plus touchée concerne les personnes de plus de 60 ans).
Le manga contre les
« BD »
La
plupart des mangas sont édités en noir et blanc. Cela permet ainsi de réduire
les coûts comme on a pu le voir. Le manga a un petit format donc pratique il
peut s’amener partout. Il se’ouvre à l’envers et se lit de gauche à droite.
Ensuite
le rythme est très soutenu en règle général et c’est pour cela qu’il y a peu de
points morts. Les onomatopées sont omniprésentes dans les mangas, faisant corps
avec le dessin, Quand bien même vous ne comprenez pas le Japonais, le graphisme
de ces écritures se passe de traduction.
A la différence de la BD Franco-Belge, les
cases sont beaucoup plus libres dans leurs dispositions.
« Un temps infini peut être parfois
consacré à raconter des choses infimes », explique Jean-Pierre Dionnet en
préface de « Génération manga ».
Développement historique du Japon
Histoire
Le manga, tel que nous le connaissons aujourd’hui, avec
ses multiples genres et ses publics ciblés, ses styles graphiques si
spécifiques et ses codes culturels parfois déroutants, a connu plusieurs
grandes étapes dans son évolution.
Il faut remonter très loin dans
l’histoire du Japon pour trouver ses origines, preuve que si son univers peut
paraître incompréhensible ou puérile il n’en est pas moins un patrimoine
culturel aux multiples visages.
Mélange de modernité et de tradition,
d’innovation narrative et graphique, le Manga a su évoluer en permanence,
s’adaptant aux changements de la société japonaise jusqu’à devenir son propre
miroir. Désormais mondiale, la culture manga touche toutes les catégories de
population et s’adapte encore une fois à cette nouvelle donne.
L’histoire du manga débute avec les
quatre rouleaux d’emakimono (rouleau de dessins) intitulés : « Chojujingiga » (dessins d’oiseaux
et de bêtes représentant des humains) datant du XIIème siècle. Ils
sont considérés comme les plus vieux mangas du monde.
Le plus connu de ces rouleaux met en
scène des singes, des lapins, des grenouilles qui tels des humains,
s’entraînent au Sumo. C’est aussi le premier manga humoristique de
l’histoire.
C’est à l’époque d’Edo, en 1814
exactement, que KATSUSHIKA
Hokusai (1760-1819) présente le « Hokusai Manga »
(littéralement Manga de Hokusai). Ses œuvres traitent de la vie du peuple à
Edo, et ont eu une forte influence sur de nombreux peintres impressionnistes
français.
L’arrivée des illustrations
satiriques venant des Etats-Unis marque un tournant dans le mode de production
et de diffusion du manga au Japon . Les œuvres se développent désormais sous
forme de série à travers des journaux généralistes ou encore des magazines
entièrement consacrés au manga. C’est le début de l’ère « industrielle » du
manga.
Avant la Seconde Guerre Mondiale
Les premières apparitions de la bande dessinée dans
la vie des Japonais remontent aux âges médiévaux. A cette époque, on racontait
de longs récits, et les scènes pittoresques étaient peintes sur des rouleaux de
papier.
A la
fin du 19ème siècle, le Japon connaît une grande vague d'occidentalisation, et
voit l'apparition de journaux de caricatures, mais les premières bandes
dessinées se rapprochant de leur forme actuelle n'apparaissent réellement qu'au
début de notre siècle.
La
situation resta stable jusqu'à la seconde guerre mondiale, les manga se
retrouvent essentiellement dans la presse quotidienne pour adultes et les
mensuels pour enfants, tels que Shônen
Club, pour les garçons (= Shônen) lancé en 1914, ou Shôjo Club, pour les filles (= Shôjo) lancé en 1923. On peut
également noter la création d'une association des auteurs de Manga en 1932, qui
produira quelques succès (comme Norakuro
de Suihô Tagawa). Mais, à cette époque, les manga ne sont pas très différents
de la bande dessinée de nos pays...
Après
la seconde guerre mondiale
Après la seconde guerre mondiale, le
Japon se relève lentement. Surgit alors un homme qui va marquer durablement le
monde du manga, TEZUKA
Osamu (1928-1989). Surnommé « le dieu du manga », il bouleverse de manière
considérable le manga au Japon. Tezuka laisse derrière lui 700 œuvres traitant
de thèmes profonds, jouant sur des émotions et développe une nouvelle narration
et un style qui lui est spécifique. Ses œuvres marquent des générations
d’auteurs mangas.
Le réel boum des Manga au Japon
se fait peu de temps après la seconde guerre mondiale. A cette époque, le Japon
est ruiné et la population a besoin de distraction bon marché. L'explosion du
manga est la réponse à cette demande très forte du public. Mais les manga
actuels n'existeraient certainement pas sans l'intervention de Ozamu Tezuka, et
l'histoire du manga est indissociable de l'histoire de cet homme.
Donc dans un Japon traumatisé par deux bombes atomiques. Le pays ne pense
alors qu’à se reconstruire par le travail, soumis à la tutelle américaine dont
la culture envahit le Japon. C’est dans ce contexte que les mangas explosent,
produits en masse sur du papier bas de gamme. A partir de ce moment-là, la
production ne va cesser de croître : en 1965 il se vendait déjà 100 millions
d’exemplaires de magazines consacrés aux mangas, en 1980 près d’un milliard…
Ce dessinateur publie ses manga professionnellement dès 1946, mais rêve
de se lancer dans le dessin animé, seulement le Japon est un pays ruiné et sans
moyen. Il va donc essayer de transcrire ce qu'il voulait rendre à l'écran sur
le papier. C'est ainsi qu'il a imposé le style particulier des manga, qui imite
le cinéma. C'est ce style qui va faire le succès de ses bandes dessinées qui
sont les premiers manga tels que l'on peut les concevoir à notre époque. En
1947, Tezuka publie 200 pages de Shin
Takarajima, qui se vendra en quelques mois à 600000 exemplaires. Mais on le
connaît principalement en France pour deux de ses œuvres: Jungle Tateï (Le roi Léo)
et Tetsuwan Atomu (Astro). Très vite, son style va attirer
de nouveaux dessinateurs qui vont suivre ses traces...
Tezuka, impressionné par les dessins
animés de Walt Disney, crée en 1963 la première série d’animation japonaise à
la télévision : « Tetsuwan Atomu » (Astro le petit robot). C’est aussi le départ de
l’industrie de l’animation japonaise. La japanimation ne cessera alors
d’innover en matière d’images et de narration.
Peu à peu de nouveaux auteurs
apparaissent. Leurs œuvres ne s’adressent plus simplement aux enfants mais
touchent quasiment toutes les catégories de la population. On y retrouve des
mangas pour les garçons (Shonen), les filles (Shojo), les jeunes hommes (Sei.nen) et les femmes e(Josei). Cette segmentation du lectorat s’accentue encore aujourd’hui et crée
des genres et sous-genres.
Le marché du manga représente au
Japon 520 milliards de yen ( 4 milliards 43 millions d’euros alors que
l’animation représente 1 milliard 244 millions d’euros, et les produits dérivés
7 millions 700 000 euros ). C’est un gigantesque marché qui a longtemps connu
une croissance forte.
Développement
au Japon
C’est
un phénomène de culture populaire. La-bas, le manga représente 1/3 du marché
imprimé. Il a autant d’importance que le cinéma ou le roman.
Cependant,
Le Manga ne remplacera jamais le roman pour les Japonais qui lisent beaucoup.
Le
manga est lu dans la rue, dans le métro et certains cafés-restaurants proposent
un choix important de mangas. Un mangaraku
est un magasin spécialisé en mangas. Un japonais passe environ 20 minutes pour
lire un manga de 320 pages (15 secondes par page).
Au Mangakissa Café (surtout fréquenté par
les hommes d’affaires), règne une ambiance studieuse, sans aucune gène par
rapport aux thèmes traités dans le manga.
L’image
du manga est omniprésente à Tôkyô, car c'est une image qui va droit au but et
que tout le monde peut comprendre. Il n’est pas utile de comprendre le texte en
langue japonaise en raison de la facilité de sa structure. C’est un moyen
d’évasion, à vivre en solitaire.
Le
coût d’un manga est de 5 à 8 euros environs, il est lu, puis jeté. Dans la gare
de Shinjuku, un marché parallèle s’est établi : des mangas d’occasion
abandonnés par les voyageurs sont revendus à bas prix.
Il est
imprimé sur papier recyclé, en noir et blanc sur environ 350 pages. La quantité
de papier utilisée pour l’impression de mangas est supérieure à la quantité de
papier toilette consommée au Japon. Quinze volumes sont consommés en un an par
un habitant de l’Archipel.
Une
librairie utilise la moitié de sa surface en rayons mangas. Les mangas japonais
sont très rarement édités directement sous forme de volumes reliés. Ils
paraissent tout d'abord de manière découpée dans des magazines de prépublication, des revues spécialisées qui leur sont
consacrées. Les rythmes de publication de ces magazines peuvent beaucoup
varier, allant de l'hebdomadaire aux publications mensuelles voire
trimestrielles. Les séries y sont souvent publiées par chapitres d'une
vingtaine de pages. A l'intérieur d'un même magazine, le papier peut parfois
changer de couleur, afin de distinguer rapidement - les manga se lisent
toujours rapidement - les différentes séries les unes des autres. Ces
magazines, bon marché, s'écoulent en grand nombre et se lisent un peu partout.
On en retrouve parfois abandonnés dans les trains, les rames de métro, les
cafés...Ce n'est que dans un deuxième temps, lorsqu'un manga rencontre un
certain succès, qu'il est édité en volume relié, similaire à ceux que l'on
trouve en France, entamant ainsi une deuxième carrière. Ces volumes reliés sont
appelés Tankōbon (format poche), bunkōbon (format plus compact, utilisé
pour des rééditions) ou wide-ban
(format « luxe », plus grand que le format poche). Dans certains cas,
un manga à succès peut se voir adapté
en anime (dessin animé).
La
remise du prix Tezuka Awards est
aussi un gros marché où se font connaître tous les mangaka (auteurs de mangas). Il y a beaucoup d’appelés mais peu
d’élus. Cependant un mangaka reconnu est au Japon aussi célèbre qu’une star de
Rock’n Roll.
Arrivée du manga en Europe
Développement
en Europe
Ainsi en 1905, la caricaturiste Rakuten Kitazawa
crée le premier magazine de bande dessiné japonaise satirique, le « Tokyo Puck
». Il s’agit d’une transposition du journal américain « Puck ». Le
magazine s’intéresse de près à l’actualité internationale et il fut d’ailleurs
traduit en Chinois et en Anglais.
Le Manga, renforcé par le succès international des films
d’animation ainsi que son impressionnante capacité à saisir l’air du temps, a
encore de beaux jours devant lui.
Un
poids lourd éditorial unique en son genre. Le manga représente 40% du marché de
l’édition nipponne et un chiffre d’affaires proche de 4 milliards d’euros par
an. Prépubliée en magazines (mangazasshi) puis éditée en recueils (tankoubon)
et en livres (wideban, bunkobon), la bande dessinée japonaise connaît plusieurs
vies, dans différents médias. Le tassement du marché national est compensé par
l’appétit croissant des éditeurs étrangers, dont l’absence de corporatisme tend
à faire monter les enchères des droits d’adaptation. Renforcé par le succès
international des films d’animation de Hayao Miyazaki (Le Voyage de Chihiro,
Princesse Mononoké), le neuvième art japonais a infiltré la population culture
globale.
La
force de frappe du manga réside dans ses solides positions arrière. Alors que
plus de 80% de la population japonaise a moins de 65 ans, les éditeurs
segmentent leurs titres par sexe, classe d’âge, centres d’intérêt. Pas une
niche qui échappe à son manga. Ciselé, ce découpage permet un ciblage parfait.
Pour Dominique Véret, qui dirige les éditions Akata, filiale manga des éditions
Delcourt, les éditeurs japonais tirent leur puissance de « leur capacité à
saisir l’air du temps, à proposer des collections différentes et à perpétuer
des valeurs traditionnelles de la culture japonaise. Le manga est une BD
sociétale qui réagit et qui implique tous les publics.
Résultat,
le premier éditeur japonais, la Kodansha, réalise un chiffre d’affaires de
189,4 milliards de yens, soit près de 1,5 milliard d’euros. La maison est
suivie par la Shogakukan, qui revendique 1,38 milliard d’euros de chiffre
d’affaires avec les ventes de 100 millions de mangas reliés par an et 18 magazines.
Bon troisième, le chiffre d’affaires de la Shueisha atteint 1,23 milliard
d’euros. Ensemble, ces maisons représentent 80% de part de marché.
Des
sommes sans commune mesure avec le marché français, où l’ensemble de l’édition
a réalisé un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros en 2004. Deuxième
consommateur de mangas au monde, l’Hexagone a représenté, l’an passé, un
chiffre d’affaires de 38 millions d’euros avec les ventes de mangas sur un
marché de la BD qui représente au total 190 millions d’euros.
L’étranger
représente une part croissante des ventes de manga, bien que le marché national
soit encore le nerf de la guerre des éditeurs japonais. « Le chiffre
d’affaires des ventes de droits gagne en importance. La vente à l’étranger est
soutenue par le gouvernement japonais, qui a pour modèle les méthodes
hollywoodiennes de diffusion de la culture », explique Dominique Véret.
Pourtant, « les Japonais n’ont jamais rien fait pour que le manga s’impose
à l’étranger. Contrairement aux produits électroniques grand public, où leur
marketing est très fort, ils ne sont pas capables d’être aussi agressifs pour
exporter leurs produits culturels. Pour le marché des mangas à l’étranger, ce
sont les étrangers qui ont été demandeurs. Nous « vendons » une
demande. Les Japonais s’adaptent pour diffuser leur culture. »
Shueisha,
Kodansha et consorts n’ont qu’à dicter leurs règles. En concurrence pour
décrocher les droits sur les meilleures séries, les éditeurs gaijin (étrangers)
font monter les enchères à leurs dépens plutôt que de faire front contre leur
interlocuteurs japonais. Le montant moyen des droits n’est pas divulgué mais,
sur les premiers 10 000 exemplaires d’une édition française, la maison
d’édition japonaise toucherait 7% de royalties sur la moitié du tirage.
Les
éditeurs japonais ont également musclé leur politique étrangère pour nourrir
l’intérêt à l’égard de la BD nippone. Début 2003, Shueisha et Shogakukan ont
même formé une joint venture sur le marché américain autour de Viz Media pour
sortir une version anglophone du magazine Shônen Jump. Spécialisé dans le manga
pour adolescents, Weekly Shônen Jump est tiré à 3 millions d’exemplaires chaque
semaine au Japon. Aux Etats-Unis, le tirage moyen avoisine les 200 000
exemplaires par mois avec un minimum garanti aux annonceurs de 175 000
exemplaires diffusés.
Le
véritable envol du manga à l’étranger est encore à venir. Pour Paul Levitz,
président de DC Comics, qui édite des mangas via sa filiale CMX, le manga
présentera ses opportunités de croissance dans « trois à cinq ans ».
« C’est à ce moment-là, dit-il, que l’on verra émerger des créations nées
de la passion pour le manga et ce sera le moment de passer à la vitesse
supérieure. »
Même
écho chez Dark Horse Comics, pionnier du manga outre-Atlantique avec l’adaptation
de Lone Wolf & Cub, de Koike Kazuo et Kojima Goseki, en 1988 :
« Le manga, qui a décollé au cours des trois ou quatre dernières années
ici, a attiré un nombre considérable de nouveaux lecteurs, notamment féminins.
Le manga n’a pas nui au comics, au contraire. Des portes se sont ouvertes pour
les romans graphiques en général. » Pour la France, Dominique Véret
prévoit un marché « segmenté à la japonaise, où les mangas sont destinés à
des publics très précis. Un manga pour turfistes par exemple. On offrira des
mangas qui s’adressent à des groupes avec de plus en plus de précision ».
Mieux, il prévoit ainsi de « prendre des lecteurs à Beigbeder et à tout le
secteur du roman ». L’édition française n’a qu’à bien se tenir.
Développement en France
Le manga en France est complexé et timide. Il
ne se sent à l'aise que dans des librairies spécialisées. La faute à qui ?
Certainement pas aux lecteurs. Le manga souffre encore des brimades subies par
les adultes : " C'est débile, infantilisant, trop violent, grossier,
dépourvu de la moindre intelligence, ça rend épileptique, trop de sexe "
et autres remarques qui sont autant de preuve d'une méconnaissance profonde de
ce qu'est véritablement le manga.
Le manga
n'est pas quelque chose de récent puisque, dès les années 70, certaines
versions animées sont présentes à la télévision telles que Le roi Léo et Astro. Mais
il faut attendre le début des années 80 pour que les séries animées nippones
arrivent en masse sur les postes de télévisions français dans des émissions
destinées aux enfants. C'est ainsi que l'on a pu voir de grands succès nippons
tels que Mazinger Z et sa suite Goldorak, mais aussi Candy, Albator, Albator 84 et Capitaine Flam, dans le programme de la
chaîne Antenne 2.
Une
autre étape importante fut l'arrivée de la Cinquième chaîne de télévision
française, qui programma des séries japonaises comptant parmis les plus
importantes, telles que Robotech et Max et Cie.
Mais
tous ces succès n'amenèrent aucune traduction des manga dans leurs versions
papier et ces succès resteront longtemps télévisés. Il y eut tout de même
quelques tentatives de percées, adressées à un public plus large, notamment en
1988 avec la sortie en salles obscures de l'un des plus grands films
d'animation nippone, Akira, de
Katsuhiro Otomo. Cette sortie fut suivie d'une traduction du manga par Glénat
en 1989. Jacques Glénat, éditeur bien connu de bandes dessinées est le premier
à importer le manga en France. Mais
le succès fut plus que modéré et la France était l'un des pays Européens les
plus "en retard" dans ce domaine, loin derrière l'Espagne et
l'Italie...
Depuis
1993, le marché des manga a connu une très grosse expansion, puisque, sur le
territoire français, quatre millions d'exemplaires (tous titres et éditions
confondus) ont été vendus.
En
effet, depuis 1993, le nombre de boutiques spécialisées dans l'importation de
manga en japonais a énormément augmenté et certaines boutiques comme la
librairie Samouraï ont développé de véritables réseaux de distribution
s'étendant sur toute la France (en 1993, la société Samouraï ne possédait
qu'une boutique parisienne, alors qu'en 1995 elle comprenait onze boutiques sur
tout le territoire). Ce développement des boutiques spécialisées est dû à la
diffusion de DragonBall Z dès 1992,
les amateurs préférant acheter les manga en version originale plutôt que
d'attendre la diffusion de la suite de la série.
Parallèlement à la publication des mangas
en France, la culture nipponne connaît un retour en grâce en France. Les mères
de familles découvrent des longs métrages d’une poésie incroyable. Un
réalisateur est à l’origine de ce changement de mentalités : Hayao Miyazaki à
qui l’on doit Mon voisin Totoro (1987) et plus récemment Princesse Mononoké
(1997) , Le Voyage de Chihiro (2002). Son œuvre contribue largement au
changement d’opinion que les occidentaux peuvent avoir de la culture japonaise.
En
fait, il faut attendre les années 90 et notamment 1993, pour que le public
français ne commence à s'intéresser aux manga. C'est à partir de 1993 que la
seconde partie du manga DragonBall, de
Akira Toriyama appelée pour la télévision DragonBall
Z, est diffusée et remporte un immense succès. C'est cette série qui a créé
le boom des manga en France, puisque Glénat, qui avait persisté dans sa
traduction de Akira, commença alors
la traduction de DragonBall, et de Appleseed, de Masamune Shirow.
A
partir de ce moment, le succès des manga s'étendit, permettant aux boutiques
spécialisées dans l'importation du manga d'augmenter leurs ventes, ce qui eu
pour effet de voir s'accroître le nombre de ces boutiques. Mais dès 1993, le
nombre d'éditeurs de manga traduits s'accroît également... Le marché des manga
était lancé...
En
1994, les éditeurs se rendent compte qu'ils peuvent exploiter le marché et
décident de suivre Glénat dans la traduction de certains titres. Ainsi Glénat
qui avait commencé par Akira et DragonBall continua avec Ranma ½ de Rumiko Takahashi, Candy-Candy (Candy) et Crying Freeman.
En fin 1994, PFC Vidéo qui avait déjà traduit certains films et O.A.V. (Original
Animation Video : ce sont des mini-films destinés au support vidéo. Ils reprennent l'univers d'un
manga et racontent une histoire parallèle qui n'apparaît pas dans le manga.)
pour l'Angleterre et l'Espagne sous le label Manga Vidéo, lança le marché de la
vidéo en France sous le même label, ainsi que AK Vidéo qui entreprit la
traduction des O.A.V. de DragonBall Z,
qui se vendirent à 600 000 exemplaires.
En
1995, la situation se développe, les ventes de manga japonais baissent et les
ventes de manga traduit en Français augmentent de 300%. En effet, sur l'année
1995, 30 nouveaux titres (dont beaucoup contiennent un grand nombre de volumes)
sont publiés en Français (DR Slump de
Akira Toriyama chez Génat, Ghost in the
Shell de Masamune Shirow, Angel
de U-Jin chez Tonkam, et Cyber Weapon Z de
Andy Seto...), ainsi qu'un grand nombre d'O.A.V. et de films en vidéo (Urostukidodji, Iria, Ah! My Goddess, Venus
Wars, Plastic Little...). Cette augmentation, aussi bien dans le domaine de
la vidéo que du manga, vient d'une démultiplication du nombre d'éditeurs. Ainsi
les éditeurs traditionnels, tels que Casterman et Glénat pour les versions
papier, PFC, Kaze Animation et AK Vidéo pour les vidéos, sont rejoints par les
boutiques d'importation (Samouraï vidéo, Tonkam Vidéo...) puis par de petits
éditeurs (Eva vidéo, Dragon vidéo).
Voici
trois exemples significatifs de l'expansion des manga : un éditeur de manga,
Glénat, un éditeur de vidéos, PFC Vidéo, et une boutique d'importation, la
Librairie Tonkam.
En Europe, la France est le premier marché
avec 260 millions d’euros*. Longtemps épi-phénomène japonais, la culture manga
traverse les océans et rivalise désormais avec les bandes dessinées européennes
et américaines. La France est le deuxième pays consommateur de mangas
au monde, après le Japon.
CONCLUSION
Nous avons pu voir ce qu’est un manga avec ses
particularités et ses origines, son histoire et son « débarquement »
difficile en Europe. Nous pouvons nous demander quel est l’avenir du
manga ? Est-ce qu'en 10 ans d'existence
en BD chez nous, le manga a su se fidéliser un public ? |