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 Le Manga (le 12/05/2006 à 16h50)

INTRODUCTION

Le manga, qu’est-ce que c’est ? C'est une bande dessinée japonaise. Le terme désigne à la fois la création et son support (périodique, album, etc.). Au japon, le Manga est un produit de consommation de masse, ce qui inclue qu'on le consomme et qu'on le jette ! (un peu comme on fait avec le journal chez nous) C'est un véritable phénomène de société. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les âges et dans une grande variété de genres (romanesques, science-fiction, western, policier, sport etc.) et s'adressent à toutes les couches de la population. Qu’est-ce que le phénomène manga ? Dans un premier temps, nous verrons ce qu’est un manga. Ensuite, le développement économique et historique du manga au Japon. Enfin, l’arrivée du manga en Europe.

Le japon berceau du manga

Le manga

Le terme manga vient du japonais man qui signifie « involontaire » ou « dérisoire » et de ga, « dessin ». Un manga est donc un « dessin dérisoire ».

 Le mot fut inventé par le caricaturiste Katsushika Hokusai (1760-1849). Ses mangas représentaient des personnages populaires à l’époque sous des dehors comiques (ci-dessous). Le manga est devenu un art graphique à part entière, désigne aujourd’hui la bande dessinée au sens large au même titre que « comics » aux Etats-Unis.


Aujourd'hui, les personnages des mangas sont devenus complexes et des confusions sont possibles. Pour bien comprendre ces bandes dessinées, il est souvent nécessaire d’avoir une certaine connaissance de la société japonaise. Le Manga est un répertoire nouveau où se jouent des visions du monde, des valeurs éthiques. Une des réponses qui est apportée est souvent la fuite vers des univers galactiques. Les mangas puisent largement dans des faits universels, des problèmes de la société actuelle, des problèmes sexuels, affectifs, de scolarité, jusqu’à celui du monde des entreprises. On y trouvera donc les indices de la société codifiée, des problèmes générés par la vie moderne, la maladie du siècle et ses éventuels remèdes.

Origine du manga

C'est dans des temples japonais que les premiers exemples de caricatures japonaises furent trouvées. Elles datent du VIème et VIIème siècle après J-C, époque où le bouddhisme fut introduit au Japon. Comme en Europe, l'inspiration religieuse fut pour beaucoup dans l'histoire de l'image.

Les mangas ont des racines qui plongent jusqu'au XIIème siècle. Les peintures de cette époque, les "Chôjû Giga" ou en français "Images d'oiseaux et d'animaux gambadant", sont considérées comme les premiers dessins qui mèneront au manga. Il caricatura le clergé bouddhiste sous une forme animale. C'est une œuvre satirique où l'action est développée en continu, sans cases, mais on peut voir les changements de temps, d'endroits et d'humeur grâce à la brume. Ils ont été peint par le moine bouddhiste Toba qui a mis en scène des animaux pour dépeindre les humains.

Durant la période Edo (de 1616 à 1668), on trouve de nouvelles évolutions vers la bande dessinée moderne. Sans cases ni bulles, les histoires étaient créées de façon similaire aux rouleaux, à la différence qu’elles étaient faites de pages attachées ensembles par un fil ou qu’elles s’ouvraient comme un accordéon.


            En 1766 s’ouvrit l’âge d’or de la xylographie. Les estampes destinées en premier lieu aux marchands d’Edo (= ici ancien nom de Tokyo ) devinrent bientôt une source d’information sur la mode, les lieux et les artistes en vogue.


En 1814, le célèbre peintre Katsushika Hokusaï (1760-1849) créateur des « 36 vues du Mont Fuji » (ci-dessous) inventa le terme Manga en associant deux idéogrammes chinois. Ce mot signifie image dérisoire. Il qualifiait une suite de croquis, Hokusaï Manga, signés Katsuhika Hokusaï.

 

Les Hokusaï Manga sont composés de 16 volumes de dessins et croquis, imprimés en noir, rehaussés de gris et de rose. La publication de ces 16 volumes s’étalât de 1814 à 1875 et chacun a rencontré un grand succès au Japon, et plus tard en Europe. Planche extraite du septième volume.


Le premier manga moderne est apparu vers 1902 : il avait quatre cases par page et les textes étaient dactylographiés, comme dans les comics américains.

En 1920, l'explosion des comics influence les créateurs de mangas. Ils envahissent le marché de la bande dessinée japonaise, après avoir été le plus souvent redessinés pour le public nippon.

C'est à ce moment qu'apparaît Osamu Tezuka. Il étudie les techniques et les traditions artistiques du Japon et d'ailleurs et synthétise toutes ses connaissances pour aboutir à un nouveau style résolument moderne et plein d'originalité.

Il observe aussi de très près le cinéma et on retrouve dans ses mangas une dynamique cinématique unique. Sa passion pour l'animation va l'amener, vers les années 1960, à travailler chez Disney. Mais au lieu de copier le style Disney, il va se contraindre à trouver une relation entre les caractéristiques du dessin et une ligne narrative simplifiée. Tezuka a été aussi extrêmement marqué par la seconde guerre mondiale et notamment par les deux bombes atomiques qui ont touché l’archipel. Il montre à travers son principal héros, Astro Boy, la façon dont l’homme devrait utiliser les progrès techniques pour le bien de la planète.

 

Signes particuliers

Le manga exagère

Dans les caractéristiques du dessin manga, deux principales sont à noter : d’une part, dans nombreuses réalisations la taille exagérément grande des yeux du héros. Non que les Nippons aient voulu renier la finesse de leurs yeux bridés, mais c’est par les yeux et le regard que passent toutes les émotions des personnages, donc jouer sur la taille des yeux permet de décliner une plus large palette d’émotions. D’autant qu’un personnage principal peut très bien passer d’une tête de jeune premier à celle d’obsédé sexuel ou de débile mental…


Les personnages du manga sont assez caractéristiques.

Les yeux des personnages ne sont pas bridés et les paysages sont différents de ceux du Japon car c'est l’ailleurs et l’étranger qui suscitent le rêve. Les mangas diffusés en Europe sont beaucoup plus violents que ceux diffusés au Japon.

Autre caractéristique, l’utilisation des lignes et des traits parallèles pour exprimer l’impression de vitesse d’un personnage ou d’un véhicule.Les ruptures de tons, les non-sens, fondent l’humour japonais et les japonais rient souvent d’eux-mêmes. Les jeux de mots sont intraduisibles dans la langue française. Au Japon, il n’existe pas de livres de blagues comme en France, c’est un humour différent.

Le manga chez les jeunes

Il s’agit souvent de persécutions par leurs camarades d’adolescents faibles ou trop différents. Ces adolescents ne trouvent pas d’écoute auprès de leur famille ou de leur professeur. N’ayant pas d’issue à leur problème, ils finissent par se donner la mort. Les mangas de science-fiction sont robotisés à outrance (les samouraï perdurent à travers les robots), avec l’omniprésence de la technologie accentuant la puissance de la volonté et la pensée créatrice. Ces mangas font ressortir un pays où le sens du sacrifice, le conditionnement par la volonté et le stoïcisme sont les ultimes vertus de l’héroïsme.

Le manga chez les adultes

L’association de cultures étrangères permet de ne pas limiter le public au niveau de l’imagination. Le scénario est solide et les images sont réalistes.

La femme apparaît sous plusieurs formes :

- la femme-enfant (jeune fille idéale, souvent infantilisée);

- la femme sexy ou mère guerrière.

La violence et les préjugés jouent un rôle important. Toutefois, il semble que la violence des mangas n’ait aucune incidence sur les japonais (en effet au Japon on compte 1,4 meurtre pour 100 000 habitants contre 10,8 meurtres aux Etats-Unis pour 100 000 habitants). En revanche, toutes les 23 minutes-40 secondes, une personne se donne la mort (la tranche d’âge la moins touchée est celle des jeunes jusqu’à 19 ans, la plus touchée concerne les personnes de plus de 60 ans).

Le manga contre les « BD »

La plupart des mangas sont édités en noir et blanc. Cela permet ainsi de réduire les coûts comme on a pu le voir. Le manga a un petit format donc pratique il peut s’amener partout. Il se’ouvre à l’envers et se lit de gauche à droite.

Ensuite le rythme est très soutenu en règle général et c’est pour cela qu’il y a peu de points morts. Les onomatopées sont omniprésentes dans les mangas, faisant corps avec le dessin, Quand bien même vous ne comprenez pas le Japonais, le graphisme de ces écritures se passe de traduction.

A la différence de la BD Franco-Belge, les cases sont beaucoup plus libres dans leurs dispositions.

« Un temps infini peut être parfois consacré à raconter des choses infimes », explique Jean-Pierre Dionnet en préface de « Génération manga ».

Développement historique du Japon

Histoire

Le manga, tel que nous le connaissons aujourd’hui, avec ses multiples genres et ses publics ciblés, ses styles graphiques si spécifiques et ses codes culturels parfois déroutants, a connu plusieurs grandes étapes dans son évolution.

Il faut remonter très loin dans l’histoire du Japon pour trouver ses origines, preuve que si son univers peut paraître incompréhensible ou puérile il n’en est pas moins un patrimoine culturel aux multiples visages.

Mélange de modernité et de tradition, d’innovation narrative et graphique, le Manga a su évoluer en permanence, s’adaptant aux changements de la société japonaise jusqu’à devenir son propre miroir. Désormais mondiale, la culture manga touche toutes les catégories de population et s’adapte encore une fois à cette nouvelle donne.

L’histoire du manga débute avec les quatre rouleaux d’emakimono (rouleau de dessins) intitulés : « Chojujingiga » (dessins d’oiseaux et de bêtes représentant des humains) datant du XIIème siècle. Ils sont considérés comme les plus vieux mangas du monde.

Le plus connu de ces rouleaux met en scène des singes, des lapins, des grenouilles qui tels des humains, s’entraînent au Sumo. C’est aussi le premier manga humoristique de l’histoire.


C’est à l’époque d’Edo, en 1814 exactement, que KATSUSHIKA Hokusai (1760-1819) présente le « Hokusai Manga » (littéralement Manga de Hokusai). Ses œuvres traitent de la vie du peuple à Edo, et ont eu une forte influence sur de nombreux peintres impressionnistes français.

L’arrivée des illustrations satiriques venant des Etats-Unis marque un tournant dans le mode de production et de diffusion du manga au Japon . Les œuvres se développent désormais sous forme de série à travers des journaux généralistes ou encore des magazines entièrement consacrés au manga. C’est le début de l’ère « industrielle » du manga.

             Avant la Seconde Guerre Mondiale

            Les premières apparitions de la bande dessinée dans la vie des Japonais remontent aux âges médiévaux. A cette époque, on racontait de longs récits, et les scènes pittoresques étaient peintes sur des rouleaux de papier.

A la fin du 19ème siècle, le Japon connaît une grande vague d'occidentalisation, et voit l'apparition de journaux de caricatures, mais les premières bandes dessinées se rapprochant de leur forme actuelle n'apparaissent réellement qu'au début de notre siècle.

La situation resta stable jusqu'à la seconde guerre mondiale, les manga se retrouvent essentiellement dans la presse quotidienne pour adultes et les mensuels pour enfants, tels que Shônen Club, pour les garçons (= Shônen) lancé en 1914, ou Shôjo Club, pour les filles (= Shôjo) lancé en 1923. On peut également noter la création d'une association des auteurs de Manga en 1932, qui produira quelques succès (comme Norakuro de Suihô Tagawa). Mais, à cette époque, les manga ne sont pas très différents de la bande dessinée de nos pays...


Après la seconde guerre mondiale

Après la seconde guerre mondiale, le Japon se relève lentement. Surgit alors un homme qui va marquer durablement le monde du manga, TEZUKA Osamu (1928-1989). Surnommé « le dieu du manga », il bouleverse de manière considérable le manga au Japon. Tezuka laisse derrière lui 700 œuvres traitant de thèmes profonds, jouant sur des émotions et développe une nouvelle narration et un style qui lui est spécifique. Ses œuvres marquent des générations d’auteurs mangas.

Le réel boum des Manga au Japon se fait peu de temps après la seconde guerre mondiale. A cette époque, le Japon est ruiné et la population a besoin de distraction bon marché. L'explosion du manga est la réponse à cette demande très forte du public. Mais les manga actuels n'existeraient certainement pas sans l'intervention de Ozamu Tezuka, et l'histoire du manga est indissociable de l'histoire de cet homme.

Donc dans un Japon traumatisé par deux bombes atomiques. Le pays ne pense alors qu’à se reconstruire par le travail, soumis à la tutelle américaine dont la culture envahit le Japon. C’est dans ce contexte que les mangas explosent, produits en masse sur du papier bas de gamme. A partir de ce moment-là, la production ne va cesser de croître : en 1965 il se vendait déjà 100 millions d’exemplaires de magazines consacrés aux mangas, en 1980 près d’un milliard…

Ce dessinateur publie ses manga professionnellement dès 1946, mais rêve de se lancer dans le dessin animé, seulement le Japon est un pays ruiné et sans moyen. Il va donc essayer de transcrire ce qu'il voulait rendre à l'écran sur le papier. C'est ainsi qu'il a imposé le style particulier des manga, qui imite le cinéma. C'est ce style qui va faire le succès de ses bandes dessinées qui sont les premiers manga tels que l'on peut les concevoir à notre époque. En 1947, Tezuka publie 200 pages de Shin Takarajima, qui se vendra en quelques mois à 600000 exemplaires. Mais on le connaît principalement en France pour deux de ses œuvres: Jungle Tateï (Le roi Léo) et Tetsuwan Atomu (Astro). Très vite, son style va attirer de nouveaux dessinateurs qui vont suivre ses traces...

Tezuka, impressionné par les dessins animés de Walt Disney, crée en 1963 la première série d’animation japonaise à la télévision : « Tetsuwan Atomu » (Astro le petit robot). C’est aussi le départ de l’industrie de l’animation japonaise. La japanimation ne cessera alors d’innover en matière d’images et de narration.

Peu à peu de nouveaux auteurs apparaissent. Leurs œuvres ne s’adressent plus simplement aux enfants mais touchent quasiment toutes les catégories de la population. On y retrouve des mangas pour les garçons (Shonen), les filles (Shojo), les jeunes hommes (Sei.nen) et les femmes e(Josei). Cette segmentation du lectorat s’accentue encore aujourd’hui et crée des genres et sous-genres.

Le marché du manga représente au Japon 520 milliards de yen ( 4 milliards 43 millions d’euros alors que l’animation représente 1 milliard 244 millions d’euros, et les produits dérivés 7 millions 700 000 euros ). C’est un gigantesque marché qui a longtemps connu une croissance forte.

 

Développement au Japon

C’est un phénomène de culture populaire. La-bas, le manga représente 1/3 du marché imprimé. Il a autant d’importance que le cinéma ou le roman.

Cependant, Le Manga ne remplacera jamais le roman pour les Japonais qui lisent beaucoup.

Le manga est lu dans la rue, dans le métro et certains cafés-restaurants proposent un choix important de mangas. Un mangaraku est un magasin spécialisé en mangas. Un japonais passe environ 20 minutes pour lire un manga de 320 pages (15 secondes par page).

Au Mangakissa Café (surtout fréquenté par les hommes d’affaires), règne une ambiance studieuse, sans aucune gène par rapport aux thèmes traités dans le manga.

L’image du manga est omniprésente à Tôkyô, car c'est une image qui va droit au but et que tout le monde peut comprendre. Il n’est pas utile de comprendre le texte en langue japonaise en raison de la facilité de sa structure. C’est un moyen d’évasion, à vivre en solitaire.

Le coût d’un manga est de 5 à 8 euros environs, il est lu, puis jeté. Dans la gare de Shinjuku, un marché parallèle s’est établi : des mangas d’occasion abandonnés par les voyageurs sont revendus à bas prix.

Il est imprimé sur papier recyclé, en noir et blanc sur environ 350 pages. La quantité de papier utilisée pour l’impression de mangas est supérieure à la quantité de papier toilette consommée au Japon. Quinze volumes sont consommés en un an par un habitant de l’Archipel.

Une librairie utilise la moitié de sa surface en rayons mangas. Les mangas japonais sont très rarement édités directement sous forme de volumes reliés. Ils paraissent tout d'abord de manière découpée dans des magazines de prépublication, des revues spécialisées qui leur sont consacrées. Les rythmes de publication de ces magazines peuvent beaucoup varier, allant de l'hebdomadaire aux publications mensuelles voire trimestrielles. Les séries y sont souvent publiées par chapitres d'une vingtaine de pages. A l'intérieur d'un même magazine, le papier peut parfois changer de couleur, afin de distinguer rapidement - les manga se lisent toujours rapidement - les différentes séries les unes des autres. Ces magazines, bon marché, s'écoulent en grand nombre et se lisent un peu partout. On en retrouve parfois abandonnés dans les trains, les rames de métro, les cafés...Ce n'est que dans un deuxième temps, lorsqu'un manga rencontre un certain succès, qu'il est édité en volume relié, similaire à ceux que l'on trouve en France, entamant ainsi une deuxième carrière. Ces volumes reliés sont appelés Tankōbon (format poche), bunkōbon (format plus compact, utilisé pour des rééditions) ou wide-ban (format « luxe », plus grand que le format poche). Dans certains cas, un manga à succès peut se voir adapté en anime (dessin animé).

La remise du prix Tezuka Awards est aussi un gros marché où se font connaître tous les mangaka (auteurs de mangas). Il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus. Cependant un mangaka reconnu est au Japon aussi célèbre qu’une star de Rock’n Roll.

Arrivée du manga en Europe

Développement en Europe

           Ainsi en 1905, la caricaturiste Rakuten Kitazawa crée le premier magazine de bande dessiné japonaise satirique, le « Tokyo Puck ». Il s’agit d’une transposition du journal américain « Puck ». Le magazine s’intéresse de près à l’actualité internationale et il fut d’ailleurs traduit en Chinois et en Anglais.

          Le Manga, renforcé par le succès international des films d’animation ainsi que son impressionnante capacité à saisir l’air du temps, a encore de beaux jours devant lui.

Un poids lourd éditorial unique en son genre. Le manga représente 40% du marché de l’édition nipponne et un chiffre d’affaires proche de 4 milliards d’euros par an. Prépubliée en magazines (mangazasshi) puis éditée en recueils (tankoubon) et en livres (wideban, bunkobon), la bande dessinée japonaise connaît plusieurs vies, dans différents médias. Le tassement du marché national est compensé par l’appétit croissant des éditeurs étrangers, dont l’absence de corporatisme tend à faire monter les enchères des droits d’adaptation. Renforcé par le succès international des films d’animation de Hayao Miyazaki (Le Voyage de Chihiro, Princesse Mononoké), le neuvième art japonais a infiltré la population culture globale.

La force de frappe du manga réside dans ses solides positions arrière. Alors que plus de 80% de la population japonaise a moins de 65 ans, les éditeurs segmentent leurs titres par sexe, classe d’âge, centres d’intérêt. Pas une niche qui échappe à son manga. Ciselé, ce découpage permet un ciblage parfait. Pour Dominique Véret, qui dirige les éditions Akata, filiale manga des éditions Delcourt, les éditeurs japonais tirent leur puissance de « leur capacité à saisir l’air du temps, à proposer des collections différentes et à perpétuer des valeurs traditionnelles de la culture japonaise. Le manga est une BD sociétale qui réagit et qui implique tous les publics.

Résultat, le premier éditeur japonais, la Kodansha, réalise un chiffre d’affaires de 189,4 milliards de yens, soit près de 1,5 milliard d’euros. La maison est suivie par la Shogakukan, qui revendique 1,38 milliard d’euros de chiffre d’affaires avec les ventes de 100 millions de mangas reliés par an et 18 magazines. Bon troisième, le chiffre d’affaires de la Shueisha atteint 1,23 milliard d’euros. Ensemble, ces maisons représentent 80% de part de marché.

Des sommes sans commune mesure avec le marché français, où l’ensemble de l’édition a réalisé un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros en 2004. Deuxième consommateur de mangas au monde, l’Hexagone a représenté, l’an passé, un chiffre d’affaires de 38 millions d’euros avec les ventes de mangas sur un marché de la BD qui représente au total 190 millions d’euros.

L’étranger représente une part croissante des ventes de manga, bien que le marché national soit encore le nerf de la guerre des éditeurs japonais. « Le chiffre d’affaires des ventes de droits gagne en importance. La vente à l’étranger est soutenue par le gouvernement japonais, qui a pour modèle les méthodes hollywoodiennes de diffusion de la culture », explique Dominique Véret. Pourtant, « les Japonais n’ont jamais rien fait pour que le manga s’impose à l’étranger. Contrairement aux produits électroniques grand public, où leur marketing est très fort, ils ne sont pas capables d’être aussi agressifs pour exporter leurs produits culturels. Pour le marché des mangas à l’étranger, ce sont les étrangers qui ont été demandeurs. Nous « vendons » une demande. Les Japonais s’adaptent pour diffuser leur culture. »

Shueisha, Kodansha et consorts n’ont qu’à dicter leurs règles. En concurrence pour décrocher les droits sur les meilleures séries, les éditeurs gaijin (étrangers) font monter les enchères à leurs dépens plutôt que de faire front contre leur interlocuteurs japonais. Le montant moyen des droits n’est pas divulgué mais, sur les premiers 10 000 exemplaires d’une édition française, la maison d’édition japonaise toucherait 7% de royalties sur la moitié du tirage.

Les éditeurs japonais ont également musclé leur politique étrangère pour nourrir l’intérêt à l’égard de la BD nippone. Début 2003, Shueisha et Shogakukan ont même formé une joint venture sur le marché américain autour de Viz Media pour sortir une version anglophone du magazine Shônen Jump. Spécialisé dans le manga pour adolescents, Weekly Shônen Jump est tiré à 3 millions d’exemplaires chaque semaine au Japon. Aux Etats-Unis, le tirage moyen avoisine les 200 000 exemplaires par mois avec un minimum garanti aux annonceurs de 175 000 exemplaires diffusés.

Le véritable envol du manga à l’étranger est encore à venir. Pour Paul Levitz, président de DC Comics, qui édite des mangas via sa filiale CMX, le manga présentera ses opportunités de croissance dans « trois à cinq ans ». « C’est à ce moment-là, dit-il, que l’on verra émerger des créations nées de la passion pour le manga et ce sera le moment de passer à la vitesse supérieure. »

Même écho chez Dark Horse Comics, pionnier du manga outre-Atlantique avec l’adaptation de Lone Wolf & Cub, de Koike Kazuo et Kojima Goseki, en 1988 : « Le manga, qui a décollé au cours des trois ou quatre dernières années ici, a attiré un nombre considérable de nouveaux lecteurs, notamment féminins. Le manga n’a pas nui au comics, au contraire. Des portes se sont ouvertes pour les romans graphiques en général. » Pour la France, Dominique Véret prévoit un marché « segmenté à la japonaise, où les mangas sont destinés à des publics très précis. Un manga pour turfistes par exemple. On offrira des mangas qui s’adressent à des groupes avec de plus en plus de précision ». Mieux, il prévoit ainsi de « prendre des lecteurs à Beigbeder et à tout le secteur du roman ». L’édition française n’a qu’à bien se tenir.

Développement en France

            Le manga en France est complexé et timide. Il ne se sent à l'aise que dans des librairies spécialisées. La faute à qui ? Certainement pas aux lecteurs. Le manga souffre encore des brimades subies par les adultes : " C'est débile, infantilisant, trop violent, grossier, dépourvu de la moindre intelligence, ça rend épileptique, trop de sexe " et autres remarques qui sont autant de preuve d'une méconnaissance profonde de ce qu'est véritablement le manga.

            Le manga n'est pas quelque chose de récent puisque, dès les années 70, certaines versions animées sont présentes à la télévision telles que Le roi Léo et Astro. Mais il faut attendre le début des années 80 pour que les séries animées nippones arrivent en masse sur les postes de télévisions français dans des émissions destinées aux enfants. C'est ainsi que l'on a pu voir de grands succès nippons tels que Mazinger Z et sa suite Goldorak, mais aussi Candy, Albator, Albator 84 et Capitaine Flam, dans le programme de la chaîne Antenne 2.

Une autre étape importante fut l'arrivée de la Cinquième chaîne de télévision française, qui programma des séries japonaises comptant parmis les plus importantes, telles que Robotech et Max et Cie.

Mais tous ces succès n'amenèrent aucune traduction des manga dans leurs versions papier et ces succès resteront longtemps télévisés. Il y eut tout de même quelques tentatives de percées, adressées à un public plus large, notamment en 1988 avec la sortie en salles obscures de l'un des plus grands films d'animation nippone, Akira, de Katsuhiro Otomo. Cette sortie fut suivie d'une traduction du manga par Glénat en 1989. Jacques Glénat, éditeur bien connu de bandes dessinées est le premier à importer le manga en France. Mais le succès fut plus que modéré et la France était l'un des pays Européens les plus "en retard" dans ce domaine, loin derrière l'Espagne et l'Italie...

Depuis 1993, le marché des manga a connu une très grosse expansion, puisque, sur le territoire français, quatre millions d'exemplaires (tous titres et éditions confondus) ont été vendus.

En effet, depuis 1993, le nombre de boutiques spécialisées dans l'importation de manga en japonais a énormément augmenté et certaines boutiques comme la librairie Samouraï ont développé de véritables réseaux de distribution s'étendant sur toute la France (en 1993, la société Samouraï ne possédait qu'une boutique parisienne, alors qu'en 1995 elle comprenait onze boutiques sur tout le territoire). Ce développement des boutiques spécialisées est dû à la diffusion de DragonBall Z dès 1992, les amateurs préférant acheter les manga en version originale plutôt que d'attendre la diffusion de la suite de la série.

Parallèlement à la publication des mangas en France, la culture nipponne connaît un retour en grâce en France. Les mères de familles découvrent des longs métrages d’une poésie incroyable. Un réalisateur est à l’origine de ce changement de mentalités : Hayao Miyazaki à qui l’on doit Mon voisin Totoro (1987) et plus récemment Princesse Mononoké (1997) , Le Voyage de Chihiro (2002). Son œuvre contribue largement au changement d’opinion que les occidentaux peuvent avoir de la culture japonaise.

En fait, il faut attendre les années 90 et notamment 1993, pour que le public français ne commence à s'intéresser aux manga. C'est à partir de 1993 que la seconde partie du manga DragonBall, de Akira Toriyama appelée pour la télévision DragonBall Z, est diffusée et remporte un immense succès. C'est cette série qui a créé le boom des manga en France, puisque Glénat, qui avait persisté dans sa traduction de Akira, commença alors la traduction de DragonBall, et de Appleseed, de Masamune Shirow.

A partir de ce moment, le succès des manga s'étendit, permettant aux boutiques spécialisées dans l'importation du manga d'augmenter leurs ventes, ce qui eu pour effet de voir s'accroître le nombre de ces boutiques. Mais dès 1993, le nombre d'éditeurs de manga traduits s'accroît également... Le marché des manga était lancé...

En 1994, les éditeurs se rendent compte qu'ils peuvent exploiter le marché et décident de suivre Glénat dans la traduction de certains titres. Ainsi Glénat qui avait commencé par Akira et DragonBall continua avec Ranma ½ de Rumiko Takahashi, Candy-Candy (Candy) et Crying Freeman. En fin 1994, PFC Vidéo qui avait déjà traduit certains films et O.A.V. (Original Animation Video : ce sont des mini-films destinés au support vidéo. Ils reprennent l'univers d'un manga et racontent une histoire parallèle qui n'apparaît pas dans le manga.) pour l'Angleterre et l'Espagne sous le label Manga Vidéo, lança le marché de la vidéo en France sous le même label, ainsi que AK Vidéo qui entreprit la traduction des O.A.V. de DragonBall Z, qui se vendirent à 600 000 exemplaires.

En 1995, la situation se développe, les ventes de manga japonais baissent et les ventes de manga traduit en Français augmentent de 300%. En effet, sur l'année 1995, 30 nouveaux titres (dont beaucoup contiennent un grand nombre de volumes) sont publiés en Français (DR Slump de Akira Toriyama chez Génat, Ghost in the Shell de Masamune Shirow, Angel de U-Jin chez Tonkam, et Cyber Weapon Z de Andy Seto...), ainsi qu'un grand nombre d'O.A.V. et de films en vidéo (Urostukidodji, Iria, Ah! My Goddess, Venus Wars, Plastic Little...). Cette augmentation, aussi bien dans le domaine de la vidéo que du manga, vient d'une démultiplication du nombre d'éditeurs. Ainsi les éditeurs traditionnels, tels que Casterman et Glénat pour les versions papier, PFC, Kaze Animation et AK Vidéo pour les vidéos, sont rejoints par les boutiques d'importation (Samouraï vidéo, Tonkam Vidéo...) puis par de petits éditeurs (Eva vidéo, Dragon vidéo).

        Voici trois exemples significatifs de l'expansion des manga : un éditeur de manga, Glénat, un éditeur de vidéos, PFC Vidéo, et une boutique d'importation, la Librairie Tonkam.

         En Europe, la France est le premier marché avec 260 millions d’euros*. Longtemps épi-phénomène japonais, la culture manga traverse les océans et rivalise désormais avec les bandes dessinées européennes et américaines. La France est le deuxième pays consommateur de mangas au monde, après le Japon.

CONCLUSION

Nous avons pu voir ce qu’est un manga avec ses particularités et ses origines, son histoire et son « débarquement » difficile en Europe. Nous pouvons nous demander quel est l’avenir du manga ? Est-ce qu'en 10 ans d'existence en BD chez nous, le manga a su se fidéliser un public ?

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